Burkina : pas touche mon Faso !!

burkina, burkinapourtousLe décompte des victimes serait de 30 morts issus de 18 nationalités et de nombreux blessés lors de l’attaque terroriste qui a endeuillé la si paisible Ouagadougou au Burkina Faso.Lors de cet assaut meurtrier, les forces ont réussit tout de même à libérer près de 130 personnes dont 33 blessées, selon le rapport de Mr Simon Compaoré, le tout nouveau ministre de l’Intérieur.

 Nombreux sont ceux qui auraient aimé voir le Burkina Faso prendre plus de responsabilités s’agissant de la riposte face à cette lâche agression et non pas des soldats Français/Américains au devant de la « ligne de front », à la pointe des opérations !! Au lieu de cela, les forces de sécurité Burkinabé ont mis plus de deux heures, vendredi soir, à arriver sur les lieux de l’attaque, la plupart n’ayant même pas été contactés par leurs hiérarchies !!

 

Mauvaise coordination parmi les effectifs, équipement vieillot et désuet, centres de renseignements inexistants, on peut dire que l’absence du J. Edgar Hoover Burkinabé – actuellement emprisonné à la MACA – et de son ancienne unité s’est cruellement faite ressentir .. Si vomi par le peuple pour ses excès le RSP semblait plus au service de Blaise qu’à celui du peuple, il constituait néanmoins une force opérationnelle redoutable et de plus, il avait la seule unité antiterroriste du pays, des éléments formés aux quatre coins de la planète et équipés des derniers armements et matériel de pointe.

Une bonne partie de ce matériel ayant été redistribué lors de sa dissolution, on peut se demander s’il en sera fait bon usage voir même, s’il arrivera bien à destination ..

La France visée !!

Le Burkina Faso est un pays souverain et s’il est vrai qu’avec la France il y a des liens historiques forts et indéfectibles, on peut se demander si l’heure n’est pas venue pour ce pays surprenant d’apprendre à vivre par … lire la suite ICI

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Actualités Burkina Faso : Hermann Yameogo sort son livre vérité  » démocratie consensuelle et pragmatisme démocratique « 

Le dernier livre et la toute dernière interview de Me Hermann Yameogo,  » DEMOCRATIE CONSENSUELLE ET PRAGMATISME DEMOCRATIQUE « , parus moins d’1 semaine avant son arrestation afin de rétablir la vérité sur le déroulement des événements entre 2014 et 2015. La toute dernière interview préambule à l’oeuvre citée ci dessus de celui qui, LE PREMIER », aura ouvert la voie à l’opposition au Burkina Faso contre le régime du président Blaise Compaoré dans ses années les plus sombres. Ce pays sortait alors de plusieurs années de dictature militaire.

Me Hermann Yameogo et son beau frère Léonce Koné sont tout deux emprisonnés à la maison correctionnelle des armées de Ouagadougou depuis près de trois mois et se voient même refuser le simple droit d’être représentés par les avocats étrangers qu’ils ont choisi pour leurs défenses. Le dossier contre eux reste désespérément vide, ce qui explique cette décision totalement incongrue prise par les autorités et vivement critiquée par l’UEMOA.

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Burkina Faso : Me Hermann Yaméogo, prisonnier politique

L’omerta, la loi du silence !!

Avec l’arrivée au pouvoir du nouvel homme fort, les médias Burkinabés, pourtant si bavards sous le régime de Blaise Compaoré, semblent avoir perdu leurs langues blablateuses.

Comment expliquer sinon que le président du parti politique l’UNDD, fils aîné du premier président Maurice Yameogo, ancien ministre d’état, ancien chef de file de l’opposition de surcroît et qui, pendant près d’un demi siècle durant, aura consacré sa vie à son pays, au combat pour l’alternance  » ET LA BONNE GOUVERNANCE », soit jeté manu militari en prison sans aucunes preuves valables et ce, sans que personne n’ose vraiment donner de la voix ??

Pour ses opinions politiques ?? Hermann aura combattu Blaise bien plus que quiconque. Le chemin vers une réelle démocratie est long et tortueux (et cela encore plus, dans nos pays d’Afrique). De manière générale, son combat aura permis à certains d’être là ou ils le sont aujourd’hui car personne ne peut s’enorgueillir de s’être levé du jour au lendemain pour claquer des doigts et appliquer sa conception de la démocratie à tout un pays !! Il a fallut tout un processus pour en arriver là !!

Pourquoi ne s’est il pas rangé avec « certains » de l’opposition avant, voir même après 2014  ??

Peut être estimait-il que le favori à une éventuelle présidentielle n’était pas apte à diriger le pays (il ne faut remplacer le purgatoire par l’enfer)…
De même, peut être s’est il rendu compte qu’en passant par une autre approche l’on pouvait éviter tant de morts et de dégâts financiers irréparables ??

Dans tous les cas, il aura été l’opposant le plus farouche du président Blaise Compaoré durant de très nombreuses années lors que certains se gorgeaient de beuveries, de champagne et de plaisirs charnels en tous genres sur le dos du pauvre contribuable Burkinabé.

Homme de conviction et bien plus intègre que bon nombre, il aura été l’un des seuls parmi tous à ne pas s’enrichir durant ce laps de temps : aucun bien enregistré à son nom durant 27 interminables années, Hermann Yameogo vit toujours dans ces deux même maisons, celle de Koudougou, léguée par son père et celle de Ouagadougou dont autant sa femme que lui n’ont fait l’acquisition en 1986.

Deux maisons d’ailleurs entièrement saccagées, pillées, vandalisées, dont celle de Koudougou (ou repose sa femme) entièrement brûlée, lors du coup d’état / insurrection de 2014.

Ni compte en banque en Suisse, ni argent caché, ni maisons aux Etats-unis (contrairement à certains), ou en France ou ailleurs !!

Comment expliquer alors le sort qui semble s’acharner contre cet homme qui a tant perdu du fait de la politique. Hermann Yaméogo aura même échappé de très peu à la mort lors de cet empoisonnement en 2011 qui aura eu raison de sa femme Marie-Claude. L’enquête est toujours en cours même s’il y a très peu de chances que la vérité ne soit connue un jour… sur terre ..

La vie est un éternel recommencement !!

Ironie de l’histoire ou clin d’œil du destin, Hermann Yameogo et son beau-frère ont été enfermés à l’endroit même ou était détenu leur père Maurice Yaméogo dans les années 60 ..

Un combat commence pour l’homme de Koudougou, un peu à l’image de celui qu’il aura mené tant d’années pour son père : celui de sa réhabilitation !!

Quoiqu’il en soit, aussi pénible que ne l’est le présent et que ne le seront peut être les 5 années à venir, le fils aîné, garant de l’héritage de son père, sait que tôt ou tard, la vérité se fera jour et que chacun sera jugé comme il le mérite, chacun sera jugé comme il a vécu.

Une libération prochaine ??

D’aucuns auraient pu penser qu’une fois les élections passées, certains prisonniers politiques seraient libérés !!

Il n’en a rien été. Bien au contraire, les hommes ont été transférés à la MACA. On peut penser qu’avant d’être élu, Roch ai commandé au président intérimaire Kafando de ne surtout pas libérer les 2 hommes car lui s’en chargerait. Il apparaîtrait ainsi aux yeux du peuple comme quelqu’un de magnanime, porté vers le pardon.

Peu importe les calculs politiciens, le fils de Maurice Yameogo en aura connu, des épreuves, au cours de sa vie. Il sait comment encaisser les chocs et ne se plaint pas. Les paroles de Rudyard Kipling  » tu seras un homme mon fils … » ,  un poème encadré que son père lui avait offert pour son 18eme anniversaire et qui trônait dans son salon durant toutes ces dernières années, l’aideront à tenir dans les moments de doute …

(Lire la toute dernière interview de Me Hermann Yameogo sur burkinapourtous, ICI

Ecrit par YYY 

#hermannyameogo  #burkinafaso

Burkina Faso : « prisonnier politique », un capital sympathie et une légitimité

Les élections historiques qui ont eu récemment lieu au Burkina Faso ont  occulté le fait que plusieurs opposants politiques de premier plan sont, depuis maintenant plus de deux mois, entre les mains des autorités Burkinabés.

D’aucuns auraient pu penser que Me Hermann Yaméogo, président de l’UNDD, et son beau frère Mr Léonce Koné, vice président du CDP, tous deux farouches détracteurs de l’ex-transition et encore plus, du  gouvernement à venir, auraient été relâchés une fois les élections passées.

Le dossier constitué contre eux reste désespérément vide et la situation des deux hommes n’est aucunement comparable à celle de Mr Djibrill bassolet, ancien chef de la diplomatie du président Blaise Compaoré, accusé de collusion avec des forces étrangères dont Mr Guillaume Soro, président de l’assemblée nationale de Côte d’Ivoire.

Les autorités Burkinabés sem:blent fermement décidés de faire d’une pierre deux coups (et même bien plus)…

Ainsi, c’est à la surprise générale que les deux hommes ont été également transférés à la MACA (maison d’arrêt correctionnelle des armées).

Si ce transfert peut, à première vue, paraître logique pour Djibrill Bassolet et Gilbert Diendiéré, tous deux militaires de carrière, on peut néanmoins se poser la question quant à la légalité de la démarche concernant des civils…

 Avocats étrangers interdits !!

 Les autorités Burkinabés s’appuient depuis peu sur un point obscur du Code de justice militaire du Burkina Faso : « les avocats de nationalité étrangère ne seraient pas admis devant les tribunaux militaires (…) sous réserves des dispositions particulières prévues par les conventions internationales ».

Une décision que les avocats de tous les prisonniers politiques n’ont pas manqué de décrire comme un « raidissement effrayant de l’autorité judiciaire » et de même, une « très grave violation » du règlement des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) relatif à la libre circulation et à l’établissement des avocats ressortissants de l’Union au sein de l’espace communautaire. Empêcher d’ébruiter l’affaire à l’international est donc devenu le leimotiv de cette toute nouvelle justice Burkinabé !!

Omerta au Burkina : aucun média n’ose parler de l’affaire !!

 Désireux de ne pas contrarier le nouveau président, aucun média ne s’interroge réellement quant à la situation de ces hommes qui ont, pour certains, consacré leur vie entière au Burkina Faso et qui auront d’ailleurs presque tout perdu pour ça.

Le premier opposant politique de Blaise Compaoré est en prison et l’on ne peut certainement pas dire que les autorités fassent preuve d’un minimum de transparence dans cette affaire …

Le putsh manqué du général Diendiéré semble être  décidément tombé à pic pour une transition dont la politique vengeresse commençait sérieusement à montrer ses lacunes !! Cette dernière, revigorée par l’élan patriotique suscité suite à l’arrestation de ses plus éminents représentants en plein conseil des ministres, a même pu mettre de côté ses plus farouches opposants sans trop faire le buzz.

Mais maintenant que les élections sont passées, nombreux sont ceux  qui s’interrogent de plus en plus sur le fait que ces hommes croupissent toujours dans les geôles de Zida…

Aucun gouvernement ne reste populaire bien longtemps, surtout quand les attentes sont aussi nombreuses !!

Le président Roch Marc Christian kaboré peut-il vraiment honorer toutes les promesses qu’il a faites pendant sa campagne électorale ??

On ne peut pas dire que la situation soit des plus saine au Burkina Faso car rien n’a été fait dans un esprit de réconciliation. Bien au contraire, depuis la fin de l’ére Compaoré, il y a comme une culture de la haine politique. Tant ont été écartés, tant se sont vus spolier de leurs biens, tant on vu leurs maisons, leurs voitures, brûlées, sans que justice ne leur soit rendue !!

Faire un tour à la case prison a toujours servi les opposants politiques. C’est un très gros plus dans un CV d’avoir été privé de sa liberté parceque voulant défendre ses idées politiques pour le bien de son pays (Nelson Mandela, Thomas Sankara, Laurent Gbagbo, pour ne citer qu’eux, pourraient en témoigner )!!

En mettant hors course Hermann Yameogo et Léonce Koné en pleines élections présidentielles et législatives et ce, sans fournir la moindre preuve de leurs implications dans ce coup d’état, c’est tout comme si la transition (ET encore plus, les nouvelles autorités à venir) avaient désigné du doigt, voir même légitimé, qui étaient leurs véritables opposants. Leurs ennemis actuels et à venir s’en souviendront au moment opportun !!…

Par YYY

http://www.burkinapourtous.fr/2015/12/07/burkina-faso-prisonnier-politique-un-capital-sympathie-et-une-l%C3%A9gitimit%C3%A9/   #leoncekone

Actualités politique – Burkina Faso : le dormeur doit se réveiller !!

Les élections présidentielles au Burkina faso ont lieu dans environ 1 mois.
A l’heure ou les différents candidats à la fonction présidentielle répetent leurs gammes, qu’en est il de la situation politique réelle ?
Le pays des hommes intégres sort d’un demi siècle de regimes militaires successifs, d’une insurrection populaire ainsi que
d’une récente tentative de coup d’état.
L’heure est à une très arrangeante exclusion pour certains candidats au pouvoir. En effet, plusieurs gros bonnets ont été écartés de la course pour avoir pris le parti de soutenir la toute derniere tentative de modification de la constitution qui aurait permis à l’ex président de se représenter..
Une charte de la transition a été mise en place et depuis, la constitution de 1991, celle là même que le peuple défendait si âprement, a été remisée au placard par les nouveaux maitres de Kossyam.
 
burkina Faso - l'effet domino
 
Le CDP, parti roi, tel le taureau dans l’arène, a un genou à terre !!
Après les multiples attaques, intimidations, tentatives de destabilisation et menaces en tous genres, ce dernier semble, devant le Machiavélisme et la détermination de ses adversaires, avoir cédé au chant des sirènes.
Le parti de Blaise Compaoré a affirmé et réaffirmé n’être ‘ »ni de près ni de loin mêlé aux événements qui ont secoué le pays ces derniers jours et ne saurait être associé à de tels actes antirépublicains sur la base de déclarations individuelles et personnelles de certains militants quel que soit leur rang’’…
 
La manoeuvre du pouvoir intérimaire semble désormais claire et limpide : fini les maneuvres diplomatiques et autres tactiques politiciennes à la régulière, il s’agit à présent de couper la tête du serpent et ainsi, affaiblir les partis politiques qui lui résistent encore .
 Pour ce faire elle a décidé de tirer le meilleur parti de ce coup d’état raté, quelque part, tombé à pic !!
Voici donc, à environ un mois de ces élections, un instantanné de la situation :
Acte 1/ l’arrestation du poids lourd Djibrill Bassolet sans la moindre preuve de son implication dans le putsh.
Acte 2/ Le président du CDP Eddie Komboigo, en exil aux USA, est lui aussi hors jeu (fuite ou arrangement secret ??).
Acte 3/ Le virulent et plus dangereux de tous dans l’ex parti présidentiel, l’homme susceptible de prendre la relève à la tête de l’ex parti présidentiel, le vice-président Léonce Koné, tout autant tricard, puisque croupissant également en prison …
Acte 4/ Et enfin le dernier et non des moindres, l’homme qui de par ses idées, son verbe haut, son expérience politique à rallonge et sa faculté à renaitre constamment de ces cendres représentait lui aussi un très grand danger pour cette transition, d’autant plus que de connivence avec l’avant dernier : le pdt de l’UNDD Me Hermann Yaméogo, mêmement écarté, tout comme  ses 2 camarades cités ci-dessus.
Conséquence attendue : en manque de temps et d’organisation, le CDP annonce dans la foulée qu’il se rangera derriere l’un des candidat à la présidentielle.
On peut déjà aisément imaginer à qui bénéficiera, en fin de compte, cette manoeuvre des plus mal ficelées …
 
La table est dressée, l’heure de la curée approche, y a plus rien en face c’est maïs !!
 
La transition n’en est plus à quelques entorses à la démocratie près !! 
Elle a senti le couperet passer de si près qu’elle a décidé de laisser sa nature la plus sombre éclater au grand jour !! Cette fois-ci, elle ne s’embarrassera plus d’aucuns préjugés d’autant plus que l’hypnose populaire semble désormais avoir atteint un point tel qu’il serait idiot, après tout, de s’en priver (???).
 
Le peuple, pauvre et illétré dans sa plus grande majorité, ne demandant qu’à se faire manipuler, l’intelligentsia – politiques, intellectuels, riches et autres hommes d’influence du pays – a pris peur et s’est honteusement tue pour ne pas, elle aussi, subir le courroux vengeur de celui que beaucoup décrivent comme le prochain président à venir. 
Dans ces conditions, la communauté internationale ne pouvait que suivre.
Triste fin pour l’un des épisodes qui aurait pu être le plus glorieux de l’histoire « Africaine » !!
« De l’histoire africaine » car aux yeux de tous les Africains épris de liberté, cette insurrection populaire des 30 et 31 octobre sonnait comme le glas de tous ces potentats Africains affamés de pouvoir à vie.
 
Voilà donc près d’1 an que le Burkina Faso, pays des hommes intégres, a  vécu un soulévement populaire aussi spectaculaire qu’inattendu « de tous », après avoir vécu 27 ans sous la coupe d’un seul homme et son clan : le président Blaise Compaoré.
Un homme dont finalement le seul tort aura été d’avoir monopolisé le pouvoir d’état depuis bien trop longtemps car, quoi qu’on en dise et ce, même si certains de ses actes durant sa fougueuse jeunesse furent plus que discutables, Blaise Compaoré sera tout de même parvenu à faire d’un petit pays sahélien une puissance à part, une force sur laquelle compter, autant au plan Africain qu’à l’international.
 
En ces temps sombres ou les mouvements intégristes déploient leurs tentacules sur le territoire Africain suite à l’ingérence des forces étrangeres en Lybie et la mort du colonel Khadaffi qui s’en est suivie, le burkina Faso représentait encore l’un des derniers bastons de la place, un havre de paix, un pays d’une stabilité telle que la pieuvre islamiste ne pouvait se risquer à y pointer plus que le bout de son nez.
Le capitaine aux commandes savait mener sa barque avec brio et le peuple pouvait dormir sur ses deux oreilles.
Mais depuis, la situation a radicalement changé. Le Faso est à présent divisé, il n’y a pas eu de réconciliation nationale et la haine couve dans les coeurs : autant de facteurs qui font le lit du terrorisme islamique !!
L’attaque de cette gendarmerie, dont s’est d’ailleurs encore honteusement et inconsciemment servi le pouvoir intérimaire en place pour un peu plus enfoncer ses adversaires, sonne peut être la fin d’une époque dorée.
 
Qu’adviendra-t-il du Burkina Faso ??
Tôt ou tard, la vérité finit toujours par triompher. 
En fin de compte, le peuple s’apercevra qu’il a échangé une dictocratie pour une dictature.
Malheureusement il sera beaucoup trop tard et il faudra peut être patienter 27 autres interminables années, voir même beaucoup plus, pour se débarrasser d’un régime, voir pire, d’une monarchie familiale !!
Le pays des hommes intégres a eu sa chance. Il l’a malheureusement placée dans les plus mauvaises mains qui soient !!
On dit d’un peuple qu’il n’a que les dirigeants qu’il mérite. 
Le Burkina Faso n’aura, hélas, pas fait exception à cette règle …
 
Ecrit par Y.Y.Y

Burkina Faso : la dernière interview de Me Hermann Yameogo avant son arrestation

La derniere interview de me hermann yaméogo avant son arrestation
Politique Burkina Faso – l’opposant Hermann Yaméogo à Ouagadougou

Depuis des années, vous parlez de consensus et de démocratie consensuelle comme principe et doctrine de gestion des Etats. Le temps a-t- il apporté des inflexions à votre credo ou avez vous, personnellement, évolué sous le poids des réalités par rapport à votre profession de foi ?

 Une question à multiple détente qui demande des réponses de même nature. S’il faut situer le moment où l’idée a pris racine en moi, je dirais qu’à partir des années 1978, j’y pensais effectivement. Les réflexions au plan doctrinal, étaient déjà avancées sur la confluence des idéologies, sur les réponses collectives à apporter à l’émergence de certaines contraintes internationales. En contact direct et organisé avec la chose politique (dès cette époque en ma qualité de chef de parti l’UNDD version1978), je m’efforçais de structurer mes référentiels et actions politiques sur les conséquences de ces évolutions. Le consensus le dialogue et la mutualisation 

de nos potentialités, du stade national jusqu’à celui international pour résoudre nos problèmes communs ont naturellement influencé ma pensée politique. C’est, cependant, à l’avènement du mouvement de rectification, en 1987, que j’ai commencé à développer le concept de gouvernance par le consensus à travers interviews et écrits.

La période y était certainement propice avec les luttes pour l’émancipation démocratique dans l’ancienne URSS et le nouvel humanisme fortement attendu de la fusion des deux blocs après la chute du mur de Berlin.

 

Oui certaines émotions s’émoussant plus vite que d’autres, avec le recul du temps, on oublie aujourd’hui combien le monde a baigné dans cette quête de l’altérité, dans cet élan partagé de communion et de volonté d’amendement. On parlait alors de glasnost (transparence, justice et vérité), de perestroïka (restructuration, réformes, changement), par comparaison avec ce siècle des lumières, mouvement lancé en Europe au XVIII  siècle par des intellectuels et qui voulait combattre l’absolutisme, l’intolérance et recherchant  » la république des lettres éclairées.  Ce siècle a, en effet, favorisé l’éclosion de la démocratie moderne et des droits de l’homme. Avec la fin de la guerre froide, on construisait jusqu’à un monde de cocagne dans lequel l’abondance qui suivrait la réconciliation du monde libéral et communiste donnerait aux hommes l’occasion de vivre plus heureux. Les utopies étaient florissantes.

Alors pourquoi pas la démocratie consensuelle ?

Il y a multiples facettes dans le mot « utopie », tout d’abord, ce n’est pas forcément un penchant négatif. S’il en est de négatives qui ont meurtri le monde, il en est de positives qui l’ont fait progresser et gagner bien de batailles. Mais je dois dire que ma conviction en la démocratie consensuelle a été alimentée par plusieurs sources. Personnelles, nationales et internationales. Je m’explique.

Aussi loin que remonte ma mémoire, je n’ai pas souvenance d’avoir développé en moi des penchants égoïstes. Le donner et le partager ont toujours fait partie de ma vie. Quelqu’un qui y a occupé une grande place, avait l’habitude de me dire « Hermann si tu veux continuer à donner, il faut savoir le faire, en sachant aussi dire non, sinon à vouloir aider comme tu le fais, sur 10 pauvres à secourir tu finiras par en être le 11 e». Je peux dire que mon tempérament personnel me préparait à cette forme de gestion de l’Etat basée sur le partage, le compromis. En 1983 nous sortions d’un coup d’Etat promu en révolution et qui selon la praxis révolutionnaire a légalisé la violence pour transformer les hommes et la société selon la nouvelle religion du moment. Des traumatismes il y’en a eu qui ont, de loin, dépassé les acquis dus au volontarisme et à la foi sincère d’une certaine jeunesse. La cohésion nationale était rudement mise à mal. Le pays a fortement été meurtri par les nombreuses violations des droits de l’homme, les méfaits de la division manichéenne de la société burkinabé entre bons (révolutionnaires) et mauvais (contre révolutionnaires).

Pour recoller les morceaux et relancer la machine, la réconciliation, le dialogue, le consensus apparaissaient comme des valeurs clés.

Au plan international, l’engagement des plus grands dirigeants politiques du monde, des leaders réputés de la société civile comme du monde religieux pour la construction d’un monde meilleur avec le matériau de la paix du consensus et du partage ne pouvait par ailleurs que me conforter dans mes convictions. Ces femmes et ces hommes encourageaient à repenser la gestion des États en dénonçant des doctrines et philosophies qui avaient été impuissantes à préserver le monde de la guerre et des calamités diverses dues à l’égoïsme des hommes et des nations.

Autant de considérations à l’aune desquelles il faudrait appréhender cette utopie particulièrement tenace de laquelle dépend la conjuration des guerres, de la pénurie, annoncées lourdes de dangers pour la survie de l’humanité.

Ça  fait effectivement, à vous écouter, un bail que l’idée est posée sur le métier. Qu’est-ce qui fait que le temps traîne à ce point les pieds pour vous donner raison?

Je vous ferai remarquer qu’il fut un temps où la gouvernance par le consensus était en vogue, un temps où les responsables africains et même mondiaux les plus divers en parlaient avec force. Aujourd’hui, on peut dire que la fièvre est quelque peu tombée. Dans la pratique, c’est la démocratie classique qui a gagné. Affirmation des sacro-saints principes de la représentation populaire, du binôme majorité opposition, du gagnant prend tout (et tant pis pour le perdant). Mais à cette baisse d’intérêt, je vois des explications, qui, quant au fond, n’entachent en rien la pertinence du concept et l’urgence toujours actuelle de sa mise en œuvre.

Lesquelles ?

Comme je le dis souvent, le monde est paradoxalement, en dépit de la croissance, confronté à des défis jamais vus: immigration sauvage à grande échelle, terrorisme international, pauvreté galopante, guerres interminables…..et pour compléter le sombre tableau à des pénuries structurelles, difficilement réversibles. Amenuisement avec risques d’épuisement de certaines richesses non renouvelables (pétrole, eau, air ….).Corrosion des stabilisateurs sociaux indispensables à la vie en collectivités humaines organisées (solidarité, hospitalité, tolérance, partage ….).Le résultat est l’affirmation montante des égoïsmes nationaux, de la démagogie, du primat de la lutte pour la conquête du pouvoir.

Mais quelle est justement l’explication qu’il faut donner à ce retard, constaté à l’allumage, malgré ce tableau sombre que vous brossez?

A ce retard à l’allumage comme vous dites, il n’y a pas une, mais plusieurs explications. La pression des exigences sociales sur le quotidien, l’inexistence ou l’insuffisance des politiques (étatiques, partisanes, sociales …), par rapport à la nécessité de repenser notre système de gouvernance. L’absence d’exemplarité au plan international de la part des puissances financières, politiques qui gouvernent le monde. On se rend compte que la sagesse n’est pas la chose la mieux partagée par nos nations. Regardez comment face à des dangers planétaires communs, au lieu d’en rechercher les parades globales, les leaders politiques et les états développent des politiques égoïstes. Si comme dans ce monde interconnecté, et si marqué par l’internationalisation des relations, il était encore possible à une nation de vivre en autarcie, ou de se sauver contre les autres.

Mais l’instinct de survie aura le dessus si nous gageons que le monde n’est pas intrinsèquement voué au suicide collectif. La culture du rationnement, du partage équitable s’imposera dans les programmes partisans dans les politiques communautaires. C’est vrai que les difficultés nationales ont toujours poussé au conservatisme voire au racisme et que les acteurs politiques en tirent souvent argument pour prôner l’exclusion, l’élévation des remparts nationalistes, mais les réalités sont plus fortes que la démagogie. On en voit un exemple avec l’Europe acculée par l’immigration au point de se rallier  à la politique des quotas pour la gestion solidaire d’un défi international.

Ne craignez vous pas la critique de faire dans la rêverie et la pure incantation?

 

Elle ne manque pas cette critique. Je constate qu’elle vient essentiellement de prétendus réalistes et pragmatiques qui pensent que tous les moyens sont bons en politique pour arriver au sommet du pouvoir. Mentir, violenter, incendier, tuer …..ne sont que méthodes normales dans la course pour la conquête du pouvoir. Ils n’ont de préoccupation que pour le moment du plaisir politique. Que les lendemains déchantent après soi, n’a d’importance que pour les présents. Voilà ce qui de par le monde alimente leur populisme dont je parlais, sans égard pour l’homme ni pour la société.

Pourquoi pensez vous que la démocratie classique n’est pas adaptée au Burkina Faso voire à l’Afrique?

La démocratie d’abord n’est pas en soi un modèle parfait et irréprochable de gestion des États. Winston Churchill en disait entre autres ceci  » la démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes « . Avec ça en pensée, on comprendra qu’il n’y ait aucun mal à chercher à l’améliorer ou à l’adapter aux réalités des pays qui en font l’expérimentation ou à celui du monde en évolution perpétuelle.

La démocratie au fil de son expansion a révélé des faiblesses. En Afrique, elle ne résiste pas bien au phénomène de la dictature de la majorité qui marginalise l’opposition, les opinions contraires. Essentiellement construite sur le monopole des partis, nombre de structures gravitant, ou non directement dans la sphère politique se sentent exclues. Dans des pays à structures sociales plurales et hétérogènes, elle peine souvent à s’acclimater. Elle subit actuellement dans sa forme traditionnelle une rude concurrence de la société civile, des médias, des intellectuels … Elle souffre aussi à maîtriser la fraude qui enracine dans les esprits,  l’indiscipline démocratique et électorale. Ceci sans compter qu’elle peine à réellement mobiliser pour le service public, pour endiguer les menaces qui pèsent sur les Etats, et qui ont entre autres pour noms l’insécurité, les atteintes à l’environnement, la dissémination en expansion depuis la fin de la guerre froide des armes classiques, chimiques, bactériologiques et même nucléaires. S’il est un fait universellement reconnu, c’est bien celui de la crise de la démocratie et les recherches actuellement en cours pour la repenser à défaut de lui trouver un substitut, en attestent  leurs nombres.

Au Burkina Faso, la démocratie consensuelle a-t- elle au moins connu des velléités d’applications?

De manière officielle, il n’y a jamais eu une proclamation ou une décision solennelle relative à l’adoption de la démocratie consensuelle comme mode de gestion du pays.  Mais les mots revenaient de temps à autres à la bouche des officiels à commencer par le président Blaise Compaoré. Les éléments constitutifs de la démocratie consensuelle : participation, dialogue, consensus étaient devenus ses leitmotiv. D’un autre côté par calculs, par convenances personnelles ou par conviction, l’ancien président a toujours été favorable à une démocratie adaptée à nos réalités  mais qui ne jure pas avec les standards internationaux. Bien que persuadé que la mondialisation avec sa vocation uniformisant ne pouvait que gagner les espaces politiques, je n’ai jamais été partisan du sacrifice à tout prix des spécificités culturelles positives qui impriment les institutions de la part le monde. D’où le concept de démocratie internalisée que j’ai vulgarisé au Burkina Faso.

Pour me résumer, je dirais que des gouvernements ont plus ou moins été inspirés dans leur constitution, par les principes de la démocratie consensuelle. On peut même dire que des partisans de la démocratie consensuelle sont ouvertement entrés au gouvernement sur cette base. À l’occasion des différentes crises que le pays a traversées, des partis politiques d’opposition ont parfois participé au gouvernement sur cette base. Je dois dire que toute la philosophie du comité consultatif sur les réformes politiques (CCRP), participait du dialogue et du consensus si chers à la démocratie participative. C’est dommage que des ambitions croisées au sein du parti majoritaire aient conduit à faire les choses à moitié, sinon, un gouvernement de consensus aurait dû succéder au CCRP. Nous aurions alors pu progresser dans le sens de réformes plus profondes et voir pourquoi pas, dans celui de cette démocratie consensuelle, en nous en réclamant officiellement.

Aviez vous sur le chaud des événements pensé à la démocratie consensuelle comme moyen de sortir de la dernière crise, qui a sur le tard secoué le régime Compaoré et provoqué sa chute?

Comme je vous l’ai expliqué cette pensée m’a toujours habité. Il se trouve seulement que les oppositions très agissantes à sa mise en œuvre venaient tant de l’opposition que de la majorité. Dans le premier camp, on considérait qu’elle était incompatible avec le pluralisme démocratique, le droit à la différence et dans le second, qu’elle bridait les ambitions qui agitaient le lanterneau de la majorité; sinon, la démocratie consensuelle même de manière détournée, j’y ai  toujours pensé.

En proposant par exemple le recours à une assemblée nationale constituante pour sortir de la crise dont vous parlez, je visais plusieurs objectifs. Trouver un fondement plus large et plus profond à ses motivations pour en suggérer une médication plus générale et plus structurelle. J’avais proposé en effet de voir la crise comme celle d’ensemble de nos institutions, de la gouvernance et de convier le peuple via ses représentants élus à y réfléchir dans une approche globale. Il s’agissait avec une telle assemblée constituante, qui aurait deux missions :

Hermann yameogo
Interview Hermann Yaméogo à son domicile de Ouagadougou avant son arrestation

1-      jouer le rôle d’une assemblée habituelle notamment en votant la loi

2 – rédiger une nouvelle constitution à adopter directement sans passer par référendum, de dépasser la bipolarisation étanche et sans issue, dans laquelle nous glissions, pour voir plus constructif, plus national.

La constituante aurait eu la possibilité non seulement de trancher la question de la révision de l’article 37, mais aussi de décider de la nature du régime, du sort du sénat, tout en faisant l’économie du référendum. C’est là que la volonté de changement, de réformes et d’adaptation, auraient aidé à évoluer éventuellement vers des réformes profondes dont on reconnaissait par ailleurs l’urgence, et à discuter pourquoi pas de démocratie consensuelle pour pallier les inconvénients du modèle représentatif traditionnel.

Pourquoi n’avez vous pas été suivi ?

Certains diraient que les carottes étaient déjà cuites. Moi j’y ajouterais surtout que pour beaucoup la démarche semblait alambiquée, trop compliquée. Il fallait, disait-on, des propositions plus simples. Il y avait un différend au sujet de l’abandon de la limitation du mandat présidentiel, eh bien, qu’il soit tranché à l’assemblée nationale par les députés, si une majorité qualifiée ne se dégageait pas, on irait au peuple par le biais du référendum.

Mais la transition et sa forme de gouvernance ont été mises à mal par le coup d’Etat avorté du 16 septembre 2015 du Conseil national pour la démocratie(CND).Quelles sont les raisons de cette tentative d’après vous ?

De fait, les raisons ont été explicitées par les auteurs même du coup tenté. Selon la proclamation du 17 septembre, Il s’agissait en substance de revenir au respect des principes de la charte, de la constitution et des traités internationaux. Respect qui aurait réhabilité la règle d’or de l’inclusion et ce conformément à la décision de la cour de justice de la CEDEAO.

La proclamation du CND le 17 septembre 2015 évoquait  plusieurs raisons au coup de force : la loi électorale  » taillée sur mesure pour des individus et décriée par les instances et les hommes de droit se dresse alors comme un outil de négation des valeurs de notre peuple fondé sur l’esprit de justice, d’équité et de tolérance « .

L’instrumentalisation du conseil constitutionnel pour violer la décision d’une instance juridictionnelle internationale, ordonnant le retour à l’inclusion. La loi portant statut général des personnels des forces armées nationales  et celle portant code de l’information  » promulguées à des fins personnelles et pour museler la presse « , arrestations arbitraires – politisation de la question militaire, non respect des engagements pris sur l’armée, mauvaise gestion de la chose publique ».

Vous me direz ce concept qui renaît toujours de ses cendres, pire qu’un phœnix !

Mais le CND est mort- né  emportant sa préférence consensuelle! A votre avis, pourquoi avoir tenté une équipée si mal ficelée à la limite burlesque et déjà baptisée Dienderade ?

 

Je ne sais pas, c’est difficile d’expliquer cette équipée, que dire? Le pourquoi peut-être, j’y ai déjà répondu me référant à la proclamation du 17 septembre 2015.  Pour le côté comme vous dites comique de l’entreprise, encore qu’elle ait  été la conséquence de morts d’hommes et de nombreux blessés, je reconnais que jamais putsch n’a été aussi mal préparé. Pas de musique militaire, pas de simulation de bataille, pas de prise des administrations et de services stratégiques, pas d’association préalable de régiments …..à y regarder de plus près on a l’impression d’une opération pour faire mumuse, d’une action entreprise avec précipitation comme pour en empêcher une autre.

Vous ne l’avez pas pour autant désavoué et  cela vous vaut même  avec 13 autres d’être sous le coup de mesures restrictives de libertés gel des avoirs, interdiction de voyager et indisponibilité de vis biens mobiliers et immobiliers .Qu’en dites-vous ?

 

Ce que j’en dis est simple. Pour qu’une infraction soit fondée ,il lui faut réunir trois éléments : (1) un élément légal ,c’est à dire l’existence au moment des faits d’une loi la punissant; (2) un  élément matériel , qui est la matérialisation de l’infraction par un acte, autrement dit, il faut une infraction de commission; et (3) un élément moral ,qui est l’infraction de commission en toute connaissance de cause.

Je ne vois pas comment je pourrais réunir sur ma tête ces 3 éléments constitutifs de l’infraction si je n’y ai pas pris part par fourniture de quelque moyen que ce soit. Si je n’ai pas participé à des rencontres pour le mettre sur pied et si je n’étais pas de volonté délibérée à la manœuvre pour le réaliser.

Pour dire les choses simplement, je n’étais au courant de rien; je n’y ai pas participé, donc il n’y a pas de commission d’acte infractueux,  ni d’intention de faire quoi que ce soit, voilà tout.

Le problème c’est que vous avez apprécié favorablement le changement intervenu par ce coup. Ça compte non ?

 Existe- t- il et la j’en viens au premier élément constitutif de l’infraction une loi qui punisse le fait de donner son opinion? Dans aucun État de droit véritable on ne saurait en trouver.

Aucune loi n’empêche la liberté de parole.

Les prisons du monde ne désempliraient pas dans ces conditions. Le concept de coup d’Etat salutaire  ou salvateur a d’ailleurs été plusieurs fois avancé pour saluer des coups d’Etat et ce par de personnalités émérites du monde politique voir même religieux, comme par des organes de presse les plus divers.

Réagissant au coup d’Etat du défunt colonel Seye Zerbo en 1980,  le défunt cardinal Paul Zoungrana  a eu ce qualificatif pour le moins inspiré  » geste divin de bonté et de miséricorde envers la Haute Volta « . À sa suite, des populations entières ont applaudi et même défilé. Soulignons qu’il n’a été ni frappé  d’exclusion, ni d’excommunication.

Au Niger ,on ne compte pas le nombre de personnalités, aujourd’hui en responsabilité, ayant salué avec des propos tout aussi dithyrambiques le coup d’état qui a renversé Tanja en 2010.

Les défunts Issa Tiendrebeogo et Norbert Tiendrebeogo ont déclaré que  ce dit coup d’état était  » prévisible et salvateur « .

Pour Laurent Bado  » un coup d’Etat peut se justifier pleinement au regard des conditions d’accession au pouvoir d’une part, et au regard des modalités de gestion du pouvoir, d’autre part  » et il s’exclame  » vive les coups d’Etat « .

Il arrive aussi que la CEDEAO, la communauté internationale (comme en 2010 pour le coup d’Etat contre Tanja ), tout en condamnant le coup et en prenant des sanctions, laisse le soin aux auteurs du coup de conduire jusqu’à son terme la transition . Dans ce cas, il leur est interdit de se présenter aux futures élections.

 Vous n’avez donc pas participé à ce coup?

 Non, je n’y ai pas participé, ma ligne de conduite est basée sur des valeurs qui prônent le dialogue, le consensus, et la non violence. Ce sont des positions qui m’ont coûté cher par le passé.

Pourquoi pensez-vous alors que ce coup aurait pu être salvateur?

 

Il représentait la possibilité de rétablissement des termes de la démocratie. Le retour aux valeurs clés de l’inclusion, de la participation, du dialogue et du consensus consacrées dans la thématique de la bonne gouvernance. La proclamation annonçait la fin de l’apartheid politique et électoral, la division manichéenne des Burkinabé entre bons (partisans de l’insurrection) et mauvais (contempteurs de cette dernière), la relecture de l’ensemble de nos institutions pour adopter un nouveau contrat social. Ce sont des principes que j’ai toujours défendus. Sous le front populaire cela m’a valu bien de tourments car au sein de l’équipe alors au pouvoir, la tendance n’était vraiment pas à l’acceptation de ces idées qu’on qualifiait de bourgeoise. Il fallait si la demande de démocratie progressait la canaliser à travers une  » ouverture fermée  »  vous apprécieriez le néologisme, et un suffrage censitaire excluant le vote de certaines populations non lettrées non éduquées. J’ai répondu non, avançant qu’on ne pouvait pas opiner au slogan sud africain, un homme,une voix et le dénier pour son peuple.

La même division manichéenne qui avait caractérisé le pays sous la révolution persistait en effet sous le front populaire et pour cause : les tenants de ce front venaient tous du même moule révolutionnaire, peu attirés par les contraintes du style de vie démocratique. Il faut comprendre qu’avec eux la marche de la démocratie sous la 4 e république qu’ils contrôlaient, ait été si difficile, si émaillée d’indiscipline électorale et de crises. L’actuelle transition en perpétue bien des aspects.

On parle d’un dialogue inclusif en préparation et qui serait  recommandé par la communauté des chefs d’Etat au dernier sommet de la CEDEAO. Si vous y alliez, emporteriez vous dans vos bagages de la matière à défendre la démocratie consensuelle?

Encore faudrait- t-il que nous puissions bénéficier d’une levée ou d’une suspension des mesures qui nous frappent et qui nous empêchent de quitter le territoire national. Comment engager un dialogue qui obéisse au principe de l’inclusion si certains des acteurs de premier plan qui le revendiquent en sont d’office exclus ?

Oui, si j’y allais avec les autres camarades, nous défendrions la réconciliation qui présente maintenant de multiples facettes avec la complexification de notre crise nationale.

Elle n’est plus en effet seulement, politique voire institutionnelle, elle pose d’autres graves problèmes : conséquences de l’irrespect de nos engagements internationaux, par le refus d’observer des principes de gouvernance démocratique consacrés par des instruments internationaux, par le  refus également d’appliquer cette décision de la cour de justice de la CEDEAO ordonnant de lever toutes les obstructions à l’inclusion .

Mais pour l’heure, le différend le plus important qui s’est invité à la crise est la fracture ouverte dans l’armée qui oppose des militaires entre eux. Si la structure, la plus organisée du pays dotée du monopole de la force légale de contrainte se retrouve fragilisée à ce point par des divergences au demeurant politiques, il y’a risques démultipliés de rupture de paix nationale. Raison de plus pour défendre dans le cadre d’un dialogue inclusif des propositions allant d’abord dans le sens du retour à l’unité, à la discipline et à la dépolitisation de l’armée, et dans celui de la pacification politique.

Vous avez donc des propositions à ce sujet ?

Oui j’en ai par rapport à l’armée, au mandat de la transition et à ses instruments, comme par rapport aux dispositions devant aider à l’assainissement préalable du cadre politique avant la tenue des élections.

Pouvons-nous savoir lesquelles?

Ce ne serait pas de bonne stratégie, ni respectueux envers mes camarades que de les dévoiler avant l’heure.

Ce dialogue vous le souhaitez où?

Je le souhaite délocalisé. Notre pays qui a traversé de nombreuses crises,  a toujours tenté de les résoudre en interne car en dépit de la dureté des oppositions, il n’a jamais vécu une rupture telle de communication que les protagonistes en viennent à se considérer comme des ennemis. Les positions antagoniques des acteurs  ne sont jamais allées jusqu’à encourager le délitement des liens de solidarité nationale et du vouloir vivre collectif.

La crise que nous traversons inocule dans la conscience des jeunes et par conséquent dans l’âme populaire, la légitimité de la haine, de la violence, de la négation des droits à la différence. L’intolérance devient une technique ouverte de gouvernement. Cela se vérifie au quotidien dans les comportements, dans les médias, dans les actes de gouvernement. L’idée même de dialogue  au surplus inclusif en national est faussée car, les conditions ne s’y prêtent pas. La  thématique de ce dialogue sera imposée et le cadre de ce dialogue sera inutile à une des parties, en raison de l’instrumentalisation des militants.

La parole et la décision ayant été données à la rue, c’est elle qui décidera de qui participera à ce dialogue inclusif, de quoi on y parlera, le tout  se passant sous sa vigilante police, pour intimider les réfractaires à sa volonté souveraine.

Depuis toujours, j’ai lutté pour une conception de la démocratie aux antipodes de ces référentiels et comportements. Mon combat politique depuis l’avènement du front populaire et tout au long de la 4 e république en particulier, est marqué par mon attachement aux vraies  valeurs qui fondent la démocratie et qui reposent avant tout sur la primauté du droit, le droit au droit, le droit à la différence, la tolérance, le consensus …

C’est tout cela qui est battu en brèche de nos jours. Autant de considérations qui me font dire que seule la délocalisation du dialogue dans un pays tiers, peut permettre aux opinions de s’y développer dans la sérénité et ainsi de favoriser des solutions pérennes à la crise burkinabé.

Vous parlez de dialogue, et d’autres de la tenue immédiate des élections n’est- ce pas un dialogue de sourds déjà garanti?

 

 

Oui il y a une intransigeance à cet égard que je compare à une volonté d’entraîner le pays dans les abîmes de la violence rien que pour assouvir des intérêts particuliers. Je trouve que dans la situation que nous vivons, les forces morales et religieuses doivent prendre date avec l’histoire en mettant au dessus de tout, le combat pour les valeurs. Le Mogho Naba pour sa part, joue bien sa partition. Lui qui reçoit  tout le monde sans parti pris, avec l’infini sagesse qu’on lui connaît a prévenu : celui qui aspire à exercer le pouvoir d’Etat, doit savoir qu’il ne pourra le faire efficacement qu’en intégrant le pardon dans son action. Ça lui vaut des attaques à n’en plus compter, mais lui au moins se sera inscrit courageusement dans le sens de la justice, de la réconciliation. On ne peut pas dans la situation que nous vivons exiger la tenue d’élections quand le pays est au bord de l’explosion. Ce n’est pas responsable. Déjà, à l’avènement des autorités de la transition, je tenais ce même langage recommandant de ne pas mettre la charrue avant les bœufs en considérant l’élection comme une fin en soi .

Il semble pourtant que des partenaires au développement tiennent beaucoup au respect du calendrier?

Oui j’entends dire cela et j’en suis complètement retourné. Je ne reconnais pas mon pays si orgueilleux de  son indépendance. Mon pays qui a refusé les bases militaires sur son territoire à l’indépendance, qui ne mégotait  pas ses privilèges de souveraineté sous Sankara .Aujourd’hui nous sommes quasiment retombés en sujétion et c’est attristant de voir des immixtions étrangères inqualifiables grandissantes dans le domaine de notre souveraineté. Les élections, nous devrions en décider librement en fonction de nos réalités et priorités nationales.

Encourager des élections avec la complexification de la situation que nous vivons peut nous conduire à des déchirements irréversibles. Alors que ceux des partenaires qui nous aident de façon désintéressée veille à refréner les ardeurs de ceux qui sont prompts à nos plonger dans les affres de la guerre.

En attendant la CEDEAO semble nous laisser mariner dans nos extrémismes. N’est-ce- pas décourageant?

 

Les chefs d’Etat trahiraient les signatures de leurs pays au bas des instruments constitutifs de la CEDEAO, s’ils adoptaient une telle position. Actuellement nous évoluons vers l’impasse qui causera de graves dégâts à la cohésion nationale. En effet, la proposition de sortie de crise faite par le président Macky Sall sous l’égide de la CEDEAO, et l’accord signé par les putschistes et les loyalistes sous les auspices du Mogho Naba ne sont pas respectés.  L’intervention de la CEDEAO est plus que jamais urgente pour un règlement durable de la crise.

Si vous aviez un appel à lancer lequel serait- il?

Je demanderais à toutes les forces morales, coutumières, religieuses d’en appeler aux politiques, à tous, pour une trêve au bénéfice de la patrie qu’ils jurent tous aimer.

Une pause pour encore une fois engager un dialogue inclusif républicain. Ce dont il est question ici, c’est de trouver un compromis qui nous préserve d’un cycle de vendetta qui risque de creuser encore plus cet immense sillon de haine qui balafre déjà  le Burkina Faso.

L’amnistie existe depuis la nuit des temps, car les hommes vivant en collectivité ont très tôt compris depuis qu’il est souvent plus bénéfique à la paix, à la cohésion nationale, d’accorder le pardon collectif que de réprimer. Le fait est intégré dans les lois nationales et même pratiqué par les organisations internationales. Les crises en Sierra Leone, au Libéria et en Côté d’Ivoire ont donné lieu à application de l’amnistie sous garanties internationales pour aider à la résolution de ces différends nationaux.

Si l’amnistie des faits et des hommes par rapport aux événements du 17 septembre peut empêcher la crise de confiance au sein de notre armée de s’enkyster et de dégénérer, je dis qu’il n’y a pas place à l’hésitation. Pour moins que ça, j’ai porté à bout de bras des pétitions pour une telle mesure sous la 4 e république. On ne gouverne pas un pays avec l’énergie de la haine et de la vengeance.   » Ce que l’homme ne veut pas apprendre par la sagesse, il l’apprendra par la souffrance « . Je crois en ces propos de maître Melkisedech.

Si l’inclusion peut permettre aux … lire la suite sur burkinapourtous